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Freelance en 2026 : calculer son TJM et facturer sans erreur

Le taux journalier moyen (TJM) est la décision la plus rentable, ou la plus coûteuse, d’un freelance. Diviser son ancien salaire par 20 jours ne marche pas : il faut partir du revenu visé, compter les jours réellement facturables, puis intégrer cotisations, impôt et frais. Méthode pas à pas, exemple chiffré, puis les règles de facturation 2026.

Par Mickaël VillersPublié le Mis à jour le 10 min de lecture

Le TJM se calcule à l’envers, à partir du revenu visé

Un salarié est payé 12 mois par an, congés compris, et son employeur finance sa protection sociale. Un freelance, lui, n’est payé que les jours où il facture. Ces jours doivent donc financer les congés, les périodes creuses, la prospection, l’administratif, les cotisations sociales, l’impôt, le matériel et l’épargne de précaution. La bonne méthode tient en une formule :

La formule du TJM

TJM = (revenu net visé + frais professionnels) ÷ (1 − taux de prélèvements) ÷ jours facturables

C’est la logique de notre calculateur de TJM freelance. Tout l’enjeu est de bien renseigner les deux paramètres que l’on sous-estime : le taux de prélèvements et le nombre de jours réellement facturés.

Étape 1 : compter ses vrais jours facturables

Partez d’une année civile et retirez tout ce qui ne sera pas facturé :

PosteJoursReste
Jours dans l’année365365
Week-ends− 104261
Jours fériés tombant en semaine (en moyenne)− 9252
Congés (5 semaines, comme un salarié)− 25227
Maladie, imprévus, formation− 7220
Temps non facturable : prospection, devis, compta, relances (≈ 20 %)− 44176
Jours facturables réalistes≈ 175 à 180

Les freelances en mission longue (régie chez un client, 5 jours sur 5) peuvent monter à 200 ou 210 jours ; ceux qui enchaînent des missions courtes (design, rédaction, formation) descendent souvent à 140 ou 160 jours. En première année, comptez prudemment : le temps de trouver les premiers clients ne se facture pas.

Le piège des 20 jours par mois

« 20 jours × 12 mois = 240 jours » est le calcul le plus répandu, et le plus dangereux : il suppose zéro congé, zéro creux et zéro prospection. Même le paramétrage par défaut de notre calculateur (20 jours par mois moins 25 jours de congés, soit 215 jours) correspond à un freelance déjà bien installé. Si vous démarrez, saisissez plutôt 15 jours par mois.

Étape 2 : le chiffre d’affaires nécessaire

Le taux de prélèvements dépend de votre statut. En micro-entreprise, il est simple : un pourcentage du chiffre d’affaires (détails dans notre guide de la micro-entreprise 2026).

Statut / activitéCotisations + CFPImpôt (versement libératoire)Total sur le CA
Micro BNC (consultant, développeur, formateur…)25,8 %2,2 %28,0 %
Micro BNC relevant de la Cipav23,4 %2,2 %25,6 %
Micro BIC prestations de services21,3 à 21,5 %1,7 %23,0 à 23,2 %
Taux Urssaf 2026. En EURL ou SASU, les prélèvements dépendent du partage entre rémunération et dividendes, et vos frais sont déductibles : comparez avec l’outil « quel statut juridique choisir ».

Ajoutez vos frais professionnels : ordinateur et logiciels, téléphone, assurance responsabilité civile professionnelle, banque, coworking, déplacements, formation, comptabilité si vous en confiez une partie, et la cotisation foncière des entreprises (CFE), due à partir de la deuxième année. 250 à 500 € par mois est une fourchette courante pour un prestataire intellectuel.

Exemple complet : viser 3 000 € net par mois

Hypothèses : développeuse en micro-entreprise BNC, personne seule, objectif de 3 000 € net par mois avant impôt, 300 € de frais mensuels, 180 jours facturables.

  1. Besoin annuel avant prélèvements : (3 000 + 300) × 12 = 39 600 €.
  2. Chiffre d’affaires nécessaire : 39 600 ÷ (1 − 25,8 %) = 53 370 €.
  3. TJM : 53 370 ÷ 180 = ≈ 297 € HT par jour.

Il reste à intégrer ce que le calcul « avant impôt » laisse de côté :

ScénarioChiffre d’affairesTJM (180 jours)Net mensuel après impôt et CFE
Objectif 3 000 € avant impôt, impôt au barème53 370 €297 €≈ 2 620 €
Objectif 3 000 € après impôt, versement libératoire (2,2 %) et CFE de 900 €56 250 €313 €3 000 €
Même objectif, mais 215 jours facturés (paramètre par défaut du calculateur)56 250 €262 €3 000 €
Impôt au barème 2026 pour une personne seule : environ 3 670 € sur 35 224 € imposables (53 370 € − abattement de 34 %). Avec le versement libératoire : 2,2 % du chiffre d’affaires. CFE : estimation, le montant dépend de la commune.

Écart entre un TJM « naïf » et un TJM réaliste : plus de 50 € par jour, soit environ 9 000 € de chiffre d’affaires sur l’année. Comparez aussi le résultat avec un salaire : notre outil freelance vs CDI donne le TJM équivalent à un salaire brut donné, en tenant compte des congés payés et de la protection sociale que vous perdez.

Étape 3 : les garde-fous (TVA, plafond micro, statut)

La TVA dès 37 500 €

Dans l’exemple, 56 250 € de chiffre d’affaires dépassent largement le seuil de franchise en base de TVA des prestations de services (37 500 €, seuil majoré 41 250 €). Votre TJM devient alors un prix hors taxe auquel s’ajoutent 20 % de TVA. Neutre pour une entreprise cliente, qui la récupère ; pénalisant pour un client particulier. Le calculateur de TVA vous aide à présenter vos prix HT et TTC.

Le plafond micro à 83 600 €

Sur 180 jours, le plafond de la micro-entreprise pour les services (83 600 € de chiffre d’affaires en 2026) est atteint vers 465 € par jour. Un dépassement isolé est toléré, mais deux années consécutives au-dessus vous font basculer au régime réel. Si vous visez plus haut, ou si vos frais sont élevés, le choix du statut devient une question de plusieurs milliers d’euros par an : nous le traitons en détail dans le comparatif micro, EI, EURL ou SASU : quel statut choisir, et vous pouvez tester votre cas avec l’outil quel statut juridique choisir.

Les erreurs de tarification les plus fréquentes

  • Se caler sur le TJM d’un salarié en portage ou en ESN. Leur prix inclut la marge de l’intermédiaire ; ce n’est pas votre revenu.
  • Oublier la protection sociale. Pas d’assurance chômage en micro, des indemnités journalières modestes : une prévoyance et une épargne de précaution de 3 à 6 mois de charges font partie du prix.
  • Ne jamais réviser son tarif. Prévoyez une révision annuelle dans vos contrats. Même 3 % par an représentent un écart de près de 16 % au bout de cinq ans.
  • Accepter des délais de paiement à 60 jours sans acompte. Sur une mission de trois mois, vous financez votre client. Demandez 30 % d’acompte au démarrage.
  • Brader la première mission « pour se faire la main » : le premier tarif sert souvent de référence au client pour les suivantes.
  • Vendre des jours au lieu d’un résultat quand c’est possible : un forfait bien cadré (livrables, nombre d’allers-retours) protège votre marge si vous travaillez vite.

Facturer : les mentions obligatoires en 2026

Une facture doit être émise dès la réalisation de la prestation. Elle comporte au minimum :

  • la date d’émission et un numéro unique, basé sur une séquence chronologique continue, sans trou ;
  • votre identité : nom et prénom précédés ou suivis de « Entrepreneur individuel » ou « EI » (ou dénomination sociale), adresse, numéro SIREN, et numéro de TVA intracommunautaire si vous êtes redevable de la TVA ;
  • le nom ou la raison sociale du client et son adresse de facturation ;
  • la date de la prestation, sa désignation précise, les quantités (jours) et le prix unitaire hors taxe ;
  • le taux et le montant de TVA, les totaux HT et TTC, ou la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » si vous êtes en franchise ;
  • la date d’échéance du paiement et les conditions d’escompte en cas de paiement anticipé (ou leur absence) ;
  • le taux des pénalités de retard et, pour un client professionnel, la mention de l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.

Quatre nouvelles mentions arrivent avec la facturation électronique (1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI, 1er septembre 2027 pour les PME et micro-entreprises) : le SIREN du client, l’adresse de livraison si elle diffère, la nature de l’opération (biens, services ou les deux) et, le cas échéant, l’option pour le paiement de la TVA d’après les débits. Rien ne vous empêche de les ajouter dès maintenant.

Chaque mention manquante ou inexacte expose à une amende fiscale de 15 €, plafonnée au quart du montant de la facture (article 1737 du CGI). Notre générateur de factures produit un PDF conforme, et le générateur de mentions légales complète votre site professionnel.

Délais de paiement, pénalités et relances

Règle (entre professionnels)Ce que dit le Code de commerce
Délai par défaut (rien de prévu au contrat)30 jours après la réalisation de la prestation
Délai maximum convenu60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois si c’est prévu au contrat
Taux des pénalités de retardAu moins 3 fois le taux d’intérêt légal ; à défaut de mention, taux de la BCE majoré de 10 points
Indemnité forfaitaire de recouvrement40 €, due dès le premier jour de retard

Les pénalités sont dues sans rappel préalable, mais dans la pratique elles servent surtout de levier de négociation. Un process simple suffit : rappel courtois à J+1, relance ferme à J+15 mentionnant les pénalités et l’indemnité de 40 €, mise en demeure par lettre recommandée à J+30. Pour les particuliers, ces règles ne s’appliquent pas : fixez l’échéance dans votre devis et demandez un acompte.

Facturation électronique : ce qui change pour un freelance

La réforme est entrée en vigueur le 1er septembre 2026. Elle concerne les factures entre entreprises assujetties à la TVA établies en France, y compris les micro-entrepreneurs en franchise de TVA (ils restent assujettis, même s’ils ne facturent pas de TVA).

ObligationGrandes entreprises et ETIPME, TPE, micro-entreprises
Recevoir des factures électroniques1er septembre 20261er septembre 2026
Émettre des factures électroniques1er septembre 20261er septembre 2027
Transmettre les données des ventes aux particuliers et à l’étranger (e-reporting)1er septembre 20261er septembre 2027
  • Dès maintenant : vous devez pouvoir recevoir les factures de vos fournisseurs au format électronique. Concrètement, il faut être rattaché à une plateforme agréée par l’administration (la liste est publiée sur impots.gouv.fr) ; de nombreux logiciels de facturation et banques en ligne jouent ce rôle.
  • À partir de septembre 2027 : une facture PDF envoyée par e-mail à un client professionnel français ne sera plus valable. Elle devra transiter par une plateforme agréée dans un format structuré (Factur-X, UBL ou CII).
  • Clients particuliers ou étrangers : pas de facture électronique, mais une transmission des données de vente (e-reporting) via la même plateforme.

Ce qu’il faut faire d’ici 2027

Choisissez un outil de facturation raccordé à une plateforme agréée, vérifiez que vos fiches clients contiennent leur SIREN, et prenez l’habitude des quatre nouvelles mentions. En attendant, notre générateur de factures reste adapté aux factures PDF aux particuliers et aux clients qui acceptent encore ce format.

Checklist du freelance en 2026

  1. Compter ses jours facturables de façon réaliste (175 à 180 pour démarrer).
  2. Calculer son TJM avec le calculateur de TJM, impôt inclus.
  3. Vérifier le seuil de TVA (37 500 €) et le plafond micro (83 600 €).
  4. Mettre de côté environ 30 % de chaque encaissement en micro BNC.
  5. Émettre des factures complètes, avec échéance, pénalités et indemnité de 40 €.
  6. Se raccorder à une plateforme agréée pour la facturation électronique.
  7. Réévaluer son statut chaque année : simulateur auto-entrepreneur et comparateur de statuts.

Calculez le TJM qui correspond à votre objectif de revenu

Ouvrir le calculateur de TJM

Sources

Chiffres vérifiés le 23 septembre 2026 sur les sites officiels. Ils peuvent évoluer : en cas de doute, la source officielle fait foi. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé (expert-comptable, notaire, conseiller en gestion de patrimoine).

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