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Micro, EI, EURL ou SASU : quel statut choisir pour créer son entreprise en 2026 ?

Micro-entreprise, entreprise individuelle au réel, EURL ou SASU : le « meilleur » statut dépend de votre chiffre d’affaires, de vos charges et de la protection sociale que vous visez. Voici les règles 2026, trois simulations complètes et les pièges à connaître avant d’immatriculer quoi que ce soit.

Par Mickaël VillersPublié le Mis à jour le 12 min de lecture

Le résumé en 30 secondes

  • Moins de 83 600 € de CA en services et peu de charges : la micro-entreprise reste en général la plus rentable et de loin la plus simple.
  • Charges réelles élevées (sous-traitance, matériel, local, stock) : l’abattement forfaitaire de la micro ne suffit plus, passez au réel (EI ou EURL).
  • Bénéfice élevé que vous n’avez pas besoin de consommer : une société à l’impôt sur les sociétés (IS à 15 % jusqu’à 42 500 €) permet de capitaliser dans l’entreprise.
  • Associés, levée de fonds, statut d’assimilé salarié : SASU (ou SAS).
  • Dans tous les cas, chiffrez avec vos propres montants dans le comparateur de statuts juridiques : les écarts entre statuts se jouent souvent à quelques milliers d’euros par an, dans un sens ou dans l’autre.

Les 4 statuts en un tableau

Juridiquement, il n’existe que deux grandes familles : l’entreprise individuelle (dont la micro-entreprise n’est qu’un régime fiscal et social simplifié) et la société (EURL, SASU, et leurs versions à plusieurs associés, SARL et SAS). Depuis la loi du 14 février 2022, le patrimoine personnel d’un entrepreneur individuel est séparé par défaut de son patrimoine professionnel : la protection du patrimoine n’est donc plus un argument décisif en faveur de la société.

Micro-entrepriseEI au réelEURLSASU
Cotisations sociales% du CA : 12,3 % vente, 21,2 % services BIC, 25,6 % BNCTNS : env. 45 % du revenu netTNS sur la rémunération du gérantAssimilé salarié : env. 45 % patronal + 22 % salarial du brut
Charges réelles déductiblesNon (abattement forfaitaire)OuiOuiOui
Imposition du bénéficeIR après abattement 71 / 50 / 34 %, ou versement libératoireIR (barème)IR par défaut, option ISIS par défaut (option IR limitée à 5 exercices)
Dividendes——PFU 31,4 %, mais cotisations TNS au-delà de 10 % du capitalPFU 31,4 % sans cotisations sociales
Plafond de CA83 600 € services, 203 100 € venteAucunAucunAucun
Assurance chômage du dirigeantNonNonNonNon
Coût de créationGratuitGratuit≈ 200 € (greffe + annonce)≈ 225 € (greffe + annonce)
ComptabilitéLivre des recettesComptabilité complèteBilan + liasseBilan + liasse + paie
Taux 2026. TNS : travailleur non salarié. PFU : prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d’impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux).

Combien il vous reste : 3 cas chiffrés

Les chiffres ci-dessous sortent directement de notre comparateur de statuts, avec les hypothèses suivantes : activité libérale de conseil (BNC), célibataire (1 part fiscale), frais de fonctionnement estimés inclus (0 € en micro, environ 1 000 € en EI, 2 100 € en EURL et 2 300 € en SASU pour l’expert-comptable, la banque et le juridique), capital de l’EURL de 1 000 €, ni ACRE ni allocation chômage. Pour l’EURL et la SASU, la répartition entre rémunération et dividendes est celle qui maximise le net (option « répartition optimisée »).

Cas 1 : 40 000 € de CA, 3 000 € de charges

StatutCotisationsISPrélèv. dividendesImpôt sur le revenuNet / anNet / mois
Micro-entreprise10 240 €——1 628 €25 132 €2 094 €
EI au réel11 166 €——1 454 €23 360 €1 947 €
EURL (100 % rémunération)10 822 €0 €0 €1 105 €22 943 €1 912 €
SASU (15 % rémunération)2 403 €4 420 €7 907 €0 €19 940 €1 662 €
Le net est ce qui reste après charges, frais de fonctionnement, cotisations et impôts.

La micro l’emporte nettement : 3 000 € de charges, c’est bien moins que l’abattement forfaitaire de 34 % (13 600 €) sur lequel vous êtes imposé, et vous n’avez ni comptable ni bilan à payer. La SASU optimisée ne valide ici qu’un seul trimestre de retraite : le salaire du président est trop faible.

Cas 2 : 70 000 € de CA, 5 000 € de charges

StatutCotisationsISPrélèv. dividendesImpôt sur le revenuNet / anNet / mois
Micro-entreprise17 920 €——6 964 €40 116 €3 343 €
EI au réel19 856 €——6 341 €37 783 €3 149 €
EURL (100 % rémunération)19 511 €0 €0 €4 811 €38 548 €3 212 €
SASU (30 % rémunération)8 687 €6 717 €11 666 €0 €35 600 €2 967 €

L’écart se resserre, mais la micro garde environ 1 500 € d’avance sur l’EURL. Détail de la SASU pour comprendre la mécanique : sur 62 670 € disponibles après charges et frais, 18 801 € financent la rémunération (12 966 € brut, 10 114 € net). Le bénéfice restant, 43 869 €, supporte 6 717 € d’IS (15 % sur 42 500 € puis 25 % sur le reste). Les 37 152 € de dividendes subissent le PFU de 31,4 % (11 666 €) : il reste 25 486 € de dividendes nets.

Cas 3 : 120 000 € de CA, 8 000 € de charges

StatutCotisationsISPrélèv. dividendesImpôt sur le revenuNet / anNet / mois
Micro-entrepriseNon éligible—————
EI au réel34 442 €——16 065 €60 473 €5 039 €
EURL (100 % rémunération)34 098 €0 €0 €13 563 €62 210 €5 184 €
SASU (20 % rémunération)10 135 €17 684 €21 996 €0 €59 855 €4 988 €

Au-delà du plafond de 83 600 €, la micro n’est plus possible durablement. Les trois statuts au réel finissent dans un mouchoir de poche (moins de 2 500 € d’écart). À ce niveau, le choix se fait surtout sur la protection sociale, la possibilité de laisser de l’argent dans la société et vos projets (associés, revente).

Pourquoi les résultats diffèrent

  • Micro : cotisations sur le chiffre d’affaires (25,6 % en BNC), mais impôt calculé sur seulement 66 % du CA (abattement de 34 %) et aucun frais de comptabilité.
  • EI et EURL : cotisations de travailleur non salarié d’environ 45 % du revenu net, mais sur le bénéfice réel, charges déduites.
  • SASU : le salaire coûte cher (environ 1 850 € décaissés pour 1 000 € nets), d’où l’intérêt de verser surtout des dividendes, qui ne supportent que l’IS puis le PFU de 31,4 %.
  • Frais de fonctionnement : 2 000 à 2 500 € par an pour une société, c’est 3 à 6 % d’un CA de 40 000 à 70 000 €.

Le taux TNS de 45 % est une moyenne : les cotisations réelles des indépendants sont dégressives et dépendent du revenu (réforme de l’assiette sociale appliquée depuis 2026). Considérez ces résultats comme des ordres de grandeur, puis faites valider par un expert-comptable.

Micro-entreprise : quand elle gagne, quand elle coince

La micro-entreprise cumule trois avantages : création gratuite en ligne, cotisations proportionnelles à ce que vous encaissez (pas de CA, pas de cotisations) et comptabilité réduite à un livre des recettes. Les taux 2026 sont de 12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les prestations de services BIC et 25,6 % pour les professions libérales relevant de la Sécurité sociale des indépendants. Tous les détails (versement libératoire, CFP, CFE, exemples mensuels) sont dans notre guide micro-entreprise 2026, et le calcul se fait en quelques secondes avec le simulateur auto-entrepreneur.

Les limites à anticiper

  • Plafonds de CA : 83 600 € pour les services et 203 100 € pour la vente. Un seul dépassement ne fait pas sortir du régime : il faut dépasser deux années consécutives, et la bascule au réel a lieu le 1er janvier de l’année suivante.
  • TVA : la franchise en base s’applique jusqu’à 37 500 € de CA en services (85 000 € en vente). Au-delà de 41 250 € (93 500 € en vente) dans l’année, la TVA est due dès le jour du dépassement. Vos prix TTC augmentent de 20 % pour vos clients particuliers, ou votre marge baisse d’autant.
  • Charges non déductibles : si vos charges réelles dépassent l’abattement (34 % en BNC, 50 % en services BIC, 71 % en vente), vous êtes imposé sur un bénéfice qui n’existe pas.
  • Compte bancaire dédié : il devient obligatoire si le CA dépasse 10 000 € deux années consécutives (un compte courant personnel séparé suffit). En pratique, ouvrez-le dès le début.

L’impôt sur les sociétés en 2026

En SASU, et en EURL qui a opté pour l’IS, le bénéfice est d’abord imposé au niveau de la société. Le barème 2026 comporte deux taux :

  • 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, à condition que le CA ne dépasse pas 10 millions d’euros et que le capital soit entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques ;
  • 25 % au-delà.

Exemple : 80 000 € de bénéfice imposable

TrancheTauxIS
Jusqu’à 42 500 €15 %6 375 €
De 42 500 € à 80 000 € (37 500 €)25 %9 375 €
Total19,7 % effectif15 750 €

Il reste 64 250 € dans la société. Distribués en dividendes, ils supportent encore le PFU de 31,4 % (20 175 €) : il vous revient 44 075 €. Laissés en réserve, ils financent la trésorerie ou les investissements sans imposition personnelle.

Calendrier de paiement

L’IS se paie par quatre acomptes, les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre, puis un solde le 15 du 4e mois qui suit la clôture (le 15 mai pour un exercice clos le 31 décembre). Les sociétés dont l’IS est inférieur à 3 000 € sont dispensées d’acomptes, de même que les sociétés nouvelles pour leur premier exercice : prévoyez donc la totalité de l’impôt au moment du solde.

IS ou IR ?

À l’IR, tout le bénéfice est imposé chez vous, même s’il reste sur le compte de l’entreprise, et au taux marginal de votre foyer (30 % dès 29 580 € de revenu imposable par part, puis 41 %). L’IS devient intéressant dès que vous pouvez laisser une partie du bénéfice dans la société : les sommes non distribuées ne sont taxées qu’à 15 %. Si vous consommez tout votre bénéfice chaque année, l’avantage de l’IS fond, comme le montrent les cas chiffrés ci-dessus.

SASU et EURL : salaire ou dividendes ?

En SASU : les dividendes sans cotisations

Les dividendes d’une SASU ne supportent aucune cotisation sociale, seulement le PFU de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la hausse de CSG de la LFSS 2026), ou, sur option globale, le barème de l’IR après abattement de 40 %. Pour visualiser la décomposition du PFU sur un montant donné, vous pouvez utiliser notre simulateur de flat tax (même taux que pour les dividendes).

Le « tout dividendes » a cependant trois défauts : aucune cotisation retraite, pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie, et la taxe PUMa (voir plus bas). La stratégie courante consiste à verser un salaire modéré, au moins 7 212 € brut par an, soit quatre fois 1 803 € (150 heures au SMIC horaire du 1er janvier 2026, 12,02 €) pour valider quatre trimestres de retraite, puis le reste en dividendes.

Sur le cas à 70 000 € de CA, notre simulateur donne pour la SASU : 33 390 € nets en tout dividendes (dont 1 769 € de taxe PUMa, et zéro trimestre), 35 336 € avec 20 % en rémunération, 34 735 € avec 50 % et 31 506 € en tout salaire.

En EURL : le piège des 10 %

Pour le gérant majoritaire d’EURL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des comptes courants d’associé est soumise aux cotisations sociales des indépendants. Avec 1 000 € de capital, tout dividende au-delà de 100 € est donc « recotisé ». C’est pourquoi l’EURL optimisée se rémunère presque entièrement en salaire de gérant dans nos exemples : sur le cas à 70 000 €, verser 100 % en dividendes ne laisserait que 21 718 € nets, contre 38 548 € en rémunération.

Les pièges qui coûtent cher

  1. La taxe PUMa (cotisation subsidiaire maladie). Si vos revenus d’activité sont inférieurs à 20 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 9 612 € en 2026, et vos revenus du capital supérieurs à 50 % de ce plafond (24 030 €), l’Urssaf prélève 6,5 % de la part des revenus du capital qui dépasse 24 030 €, avec une dégressivité jusqu’au seuil de 9 612 €. Le président de SASU payé uniquement en dividendes est la cible type. Un salaire au-dessus de 9 612 € supprime la taxe.
  2. Zéro salaire, zéro protection. Sans rémunération, pas de trimestres de retraite ni d’indemnités journalières. Et aucun dirigeant (micro, EURL, SASU) ne cotise à l’assurance chômage.
  3. Les dividendes d’EURL au-delà de 10 % du capital, vus plus haut.
  4. La sortie non anticipée de la micro. Deux années au-dessus du plafond, et vous passez au réel au 1er janvier suivant, avec comptabilité complète. Anticipez dès la première année de dépassement.
  5. La CFE (cotisation foncière des entreprises). Tous les statuts la paient, micro comprise, à partir de la deuxième année : l’année de création est exonérée, ainsi que les CA inférieurs à 5 000 €. Comptez de quelques centaines à plus de 1 000 € selon la commune.
  6. Un TJM calculé sur son ancien salaire. Avant de comparer les statuts, fixez un tarif qui couvre cotisations, jours non facturés et frais, avec le calculateur de TJM et notre guide TJM et facturation du freelance.

Coûts de création et de fonctionnement

PosteMicro / EIEURLSASU
Immatriculation (guichet unique)Gratuit33,83 €33,83 €
Déclaration des bénéficiaires effectifs—19,33 €19,33 €
Annonce légale de constitution (forfait 2026, TTC)—148,80 €170,40 €
Expert-comptable (estimation annuelle)0 € (micro), ≈ 900 € (EI)≈ 1 800 €≈ 2 000 €
Banque, juridique (estimation annuelle)0 à 120 €≈ 330 €≈ 330 €
Frais réglementés 2026 (greffe, annonce légale) et estimations moyennes pour les frais annuels, non réglementés.

En société, un compte bancaire au nom de la société est indispensable : il reçoit le dépôt du capital et sépare les flux de l’entreprise des vôtres. Côté documents, pensez dès le départ à des factures conformes (notre générateur de factures) et, si vous avez un site, aux mentions légales obligatoires (générateur de mentions légales).

Chômage, ARCE et ACRE

Si vous créez en étant indemnisé par France Travail, deux options s’offrent à vous : conserver l’ARE mensuelle, réduite de 70 % de votre rémunération (en micro, le CA après abattement), ou demander l’ARCE, un versement en capital de 60 % des droits restants. Un président de SASU qui ne se verse pas de salaire conserve son ARE entière, ce qui explique la popularité de ce montage pendant la période d’indemnisation. Le comparateur intègre ce paramètre.

L’ACRE allège les cotisations de la première année pour les créateurs éligibles (demandeurs d’emploi indemnisés, bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, moins de 26 ans, etc.). Deux changements en 2026 : la demande doit désormais être déposée auprès de l’Urssaf dans les 60 jours qui suivent le début d’activité, pour tous les statuts, et pour les micro-entreprises créées depuis le 1er juillet 2026, l’exonération n’est plus que de 25 % (les cotisations passent à 75 % du taux normal, contre 50 % auparavant). En BNC, le taux passe ainsi de 25,6 % à 19,2 %.

Quel statut selon votre profil

Votre situationStatut à étudier en prioritéPourquoi
Activité à tester, side project, CA incertainMicro-entrepriseGratuite, sans CA pas de cotisations, fermeture simple
Freelance en services, CA < 83 600 €, peu de fraisMicro-entrepriseAbattement de 34 à 50 % souvent supérieur aux frais réels
Charges réelles > 40 % du CA (achats, sous-traitance)EI au réel ou EURLDéduction des charges réelles
Bénéfice élevé, besoin de revenus limitéEURL ou SASU à l’ISBénéfice mis en réserve imposé à 15 %
Indemnisé par France TravailSASU (sans salaire) ou microARE conservée ou peu réduite
Associés à venir, levée de fondsSAS / SASUEntrée d’associés souple, actions, BSPCE
Priorité à la protection socialeSASU avec salaireRégime général (hors chômage), prévoyance

Avant de trancher, comparez aussi votre situation avec un CDI équivalent grâce à l’outil freelance vs CDI, puis lancez le comparateur de statuts avec vos propres chiffres. Rien n’est définitif : on peut démarrer en micro pour valider son marché, puis créer une société quand le CA approche des plafonds ou que les charges augmentent.

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Sources

Chiffres vérifiés le 23 septembre 2026 sur les sites officiels. Ils peuvent évoluer : en cas de doute, la source officielle fait foi. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé (expert-comptable, notaire, conseiller en gestion de patrimoine).

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